mardi 23 octobre 2007

Bête Noire

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A coup sûr, ce que je préfère chez Binaire c’est le dispositif scénique -que tout le monde connaît déjà et qui a largement contribué à établir la solide réputation du groupe- avec ce double micro qui forme un T et les deux guitaristes/chanteurs qui se font face.Ils se répondent, se postillonnent à la gueule, se font des sourires de bonheur mais surtout, surtout, cette confrontation permet d’instaurer un vrai dialogue de guitares, elles s’interpellent, elles correspondent, se font la courte échelle et s’interposent, s’intercalent, se démultiplient -ça y est je délire. Un concert de Binaire c’est de l’énergie et de la surenchère, pas la peine d’aller voir une combat de catch féminin dans une mare de Nutella, le duo (basé à Marseille) fait exactement la même chose mais en mieux. Il y a la boite à rythmes aussi, ou plutôt les machines puisque la basse est synthétique ou je ne sais quoi et il y a toujours des samples qui bourgeonnent ici ou là sans que cela soit le propos principal de la musique, ouf.























Un sample c’est exactement ce qui marque l’ouverture de Casque A Pointe, le premier titre de Bête Noire, nouvel et deuxième album de Binaire. Un sample désagréable reprenant le gimmick sonore d’un célèbre concepteur mondial de logiciels informatiques à fortes tendances monopolistiques -un manière de mettre en exergue ce que l’on déteste le plus et ce qui nous révulse, bien. Il y a mine de rien chez Binaire une manière simple et directe pour dire et pour faire, que ce disque soit une autoproduction, qu’il soit disponible en album vinyle (bleu) avec CD bonus pour le même prix (ridicule) ou qu’il soit tout simplement téléchargeable en intégralité et gratuitement sur le site du groupe n’a vraiment rien d’étonnant. En ces temps où l’on tente de nous faire croire que consommer est un droit fondamental -alors qu’il ne s’agit que d’une addiction- ce genre de positionnement fait vraiment du bien.
Après, il ne reste plus qu’à l’écouter cet album, attentivement, dans le salon, avec les gosses qui piaillent et une bonne fatigue dégueulasse qui ferait dire qu’on est déjà vendredi alors que, non, ce n’est que le début de la semaine. La première chose c’est qu’un disque de Binaire ne pourra peut être jamais retranscrire totalement l’énergie de leurs concerts. La deuxième chose c’est que toute fatigue (même celle-là) s’efface à l’écoute d’un tel disque, toute appréhension aussi. Binaire c’est du basique intelligent, du simple bien travaillé et fouillé, du punk artisanal qui fleure bon l’enthousiasme, du noise rock qui rafraîchit, du braillage qui dégage le nez et rafraîchit les bronches -le genre de disque que j’ai envie de mettre entre mes oreilles dès que j’ai un instant à perdre, un moment d’attente à remplir. Voilà. Encore une critique hautement constructive et encore un groupe que je vais me faire une joie d’aller voir vendredi prochain au Grrrnd Zero puisque Overmars l’a invité à sa release party. En attendant de revoir le duo une deuxième fois au Sonic dès le 15 novembre avec les furieux d’Unlogistic -un concert de groupes à boite à rythmes, ça c’est un sacré concept.