mercredi 10 octobre 2007

Politique de réédition

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Don’t like it ? Don’t buy it ! C’est le slogan d’Hydra Head Industries, le label qui ne veut forcer personne à rien. C’est tout à leur honneur mais j’ai toujours pensé l’inverse. Voilà une maison de disques qui sait faire monter la pression : en sortant les versions vinyles de ses albums largement après les versions CD par exemple ou en rééditant ses disques de manière superlative (bonus tracks, nouvel artwork, remasterisation, etc.) longtemps après que les versions initiales soient épuisées. Et puis il y a aussi cette volonté de vouloir torcher de beaux objets -vinyles de couleur, digipacks, obis à la japonaise… Alors la formule reproduite ci-dessus ressemble plus à un dédouanement qu’à une vraie profession de foi. Comment peut-on envisager que les disques que l’on édite ne vont pas plaire alors que l’on fait tout pour que ce soit le contraire qui se passe ? Je mélange tout ? Don’t like it ? Don’t Buy it ! concerne le fond et non la forme, la musique en elle-même et non son emballage ? Pas si sûr. Même l’underground -ou supposé tel- est victime de la course aux apparences. Fin 70/début 80 un label comme Factory avait le même genre de position bancale : Tony Wilson et ses petits camarades dénonçaient le disque en tant qu’objet de consommation comme symbole du capitalisme triomphant et pourtant les disques Factory devaient être les plus beaux du monde (la merveilleuse pochette cartonnée et en relief de Unknown Pleasures). Sur son site -ou son blog, je ne sais plus- vantant la sortie imminente de son nouvel album Born Again, Overmars prévient : Don’t like it ? Download it ! Cela me semble nettement plus honnête comme position.























Hydra Head réédite donc à tour de bras et c’est au tour de l’album We Are The Romans de Botch, en version double CD et remasterisée s’il vous plait. Le premier disque est l’album que tout le monde connaît déjà, LE manifeste du neo hard core tel qu’il est apparu à partir de la fin des années 90. Sauf que le hard core c’est quand même une musique de vieux, si elle est écoutée par des jeunes boutonneux et à chaque fois remise au goût du jour c’est uniquement pour des raisons d’attitude et de révolte adolescente (si si) -avec l’âge et une bonne dose de cynisme salvateur c’est une musique qui passe de plus en plus mal la rampe pour être finalement largement surclassée par l’ironie, la frustration sexuelle, la violence au second degré (troisième ?), la mort dans l’âme, les joies de la conduite au volant en état d'ivresse et toutes ces thématiques existentielles qui prennent de l’importance au fur et à mesure que les bedaines s’alourdissent et que les cheveux tombent.
Les deux versions de We Are The Romans sont effectivement différentes, il y a bien eu un travail d’effectué entre celle qui est référencée HH666-041 et la HH666-141 mais je suis incapable de dire si cela sonne meilleur, donc d’affirmer s’il y a une quelconque amélioration ou si celle-ci a une réelle utilité. De toutes façons j’ai toujours préféré An Anthology Of Dead Ends à We Are The Romans -ça c'est la critique constructive, non ? Le second disque propose des démos et du live (notamment enregistré à Rennes en 1999, héhé). La qualité sonore de ces démos -remasterisée elles aussi ?- feraient baver d’envie n’importe quel groupe de tâcherons hard coreux qui s’y croient. Le live lui est d‘un niveau correct et après celui qui l’on peut voir et entendre sur le DVD 061502 il ravira les complètistes plus ou moins furieux, plus ou moins jeunes mais toujours gorgés de sève hard core. Pour tous les autres -ceux qui ont des petites bites et qui ont fini par l’assumer- je ne peux qu’à nouveau les enjoindre à écouter le dernier album d’Oxbow en date, The Narcotic Story -un album également publié par Hydra Head : comme quoi ce label peut aussi faire de très bonnes choses, mais des choses éternelles cette fois ci.