mercredi 28 septembre 2011

Faustine Seilman & The Healthy Boy / The Long Life's Journey






De The Healthy Boy on connait et apprécie beaucoup le 12’ Tonnerre Vendanges. De Faustine Seilman on ne connait rien. Tout juste a t-on un jour daigné poser une oreille inattentive sur l’un de ses deux albums (sortis chez Le Collectif Effervescence, belle maison s’il en est). Mais peut être bien que l’on y retournera un jour.
C’est donc par le biais du chanteur barbichu que ce disque est arrivé jusqu’ici. Peut être un peu par hasard, ou peut être pas : The Long Life's Journey, première collaboration de Faustine Seilman & The Healthy Boy, est un disque de chansons spectrales mais attachantes, dénudées et pudiques, décharnées mais vivantes. Un disque qui ravirait les fans d’un Leonard Cohen, d’un Bill Callahan, d’un Nick Cave (en version vieux crooner gentiment tapi au coin du feu), bref tous ces chanteurs auxquels la belle et profonde voix grave de The Healthy Boy peut faire penser sans pour autant les imiter stupidement.
Mais c’est pourtant bien Faustine Seilman qui ouvre le bal sur Promenade, d’une voix précise et émouvante, sans effusion mais charnelle. Il faut attendre le deuxième couplet pour qu’apparaisse Benjamin Nerot (le vrai nom de The Healthy Boy) puis une orchestration légèrement plus touffue (percussions et saxophone soprano). Le mélange des deux voix est sobrement épatant, détonnant presque, mais dans le bon sens du terme, c'est-à-dire qu’il se détourne du jeu habituel de la complémentarité facile – car, de toute façon, qui pourrait avoir un timbre et une tessiture de voix complémentaires à ceux de The Healthy Boy ? – pour appuyer doucement sur les contrastes sans en faire des tonnes, donnant naissance à de belles harmonisations. La voix de The Healthy Boy est peut être hors catégorie mais celle de Faustine Seilman est magnifique d’émotions (écoutez donc Thrown On The Floor en fermant les yeux). Aussi, lorsque elle apparait en soutien à la voix masculine sur la fin de Forthcoming Rising Of A Dear Friend, on assiste comme à une illumination.
La plupart des titres sont ainsi interprétés à deux, bien qu’il arrive souvent que l’un des chants prédomine légèrement sur l’autre. Parfois aussi les deux chantent en même temps, comme sur le magnifique To A Friend. Et puis The Healthy Boy émeut comme il sait si bien le faire sur The Long’s Life Journey, sobrement accompagné au piano par Faustine Seilman qui égrène également quelques chœurs lointains avant une partie finale enfin interprétée en duo. Il n’y a donc pas réellement de règles générales – et c’est tant mieux – concernant le chant sur The Long Life's Journey. Il y en a peut être à propos de l’accompagnement musical qui est d’une beauté acétique presque de rigueur et d’une simplicité remarquable, principalement à base de piano et de guitare. L’orchestration de Promenade reste une exception, tout comme You’re Gone Again avec ses chœurs à la limite de l’emphase et séparant la composition en deux parties distinctes pour donner l’impression que les deux voix se répondent successivement.
You’re Gone Again est précisément l’un des plus beaux titres de The Long Life's Journey. Avec le final Did You Ever, il contrebalance une deuxième moitié d’album où les deux voix semblent se compléter un peu moins que sur la première : soit on entend des titres interprétés presque en solo, où la deuxième voix n’apparait que trop tardivement et que beaucoup trop peu – Romances,  Among The Shadows – soit on écoute avec Thrown On The Floor une chanson interprétée seule par Faustine Seilman. Même s’il s’agit là de belles compositions et même si l’interprétation en demeure très touchante on reste en état de manque de cette alchimie qui réussit si bien sur les chansons où Faustine Seilman comme The Healthy Boy sont chacun beaucoup plus présent(e), chansons qui heureusement dominent le disque d’une luminosité généreuse.

[publié en vinyle et limité à 300 exemplaires, The Long Life's Journey est disponible sur Arbouse recording]